samedi 4 avril 2026

Mystère à Bonifacio!

 J'ai récemment trouvé cet intrigant timbre à date:



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Sa particularité saute aux yeux: les indications de la couronne ne sont pas centrées (BONIFACIO           / CORSE). J'aurais immédiatement tendance à exclure la possibilité qu'il ait été fabriqué avec ce défaut.
On pense alors à une indication qui aura été limée par la suite. 
Cette dernière devait être assez courte. La première idée qui m'est venue (et la seule pour l'instant) est qu'il s'agit du mot GARE
Paradoxalement, ce qui me conforte dans cette idée, c'est qu'aucun timbre à date BONIFACIO-GARE n'est connu.
Et cela s'explique aisément puisque le chemin de fer n'est jamais arrivé à Bonifacio! Mais le projet existait depuis 1861 au moins (proposition de l'ingénieur en chef Tourneux) et a toujours été d'actualité jusqu'à ce que la ligne de la côte orientale soit bombardée par les Allemands en 1943.
Le dernier tronçon mis en service est celui de SOLENZARA à PORTO-VECCHIO, achevé en septembre 1935. C'est sans doute la guerre qui empêchera la réalisation de la dernière section jusqu'à Bonifacio.

Sachant cela, mon hypothèse (osée, je le reconnais) est qu'on a voulu doter la gare en bout de ligne d'un timbre à date et qu'on a commis l'erreur de croire que celle-ci allait jusqu'à Bonifacio. D'ailleurs, on ne connaît pas de timbre à date PORTO-VECCHIO-GARE.
Sur place, on se rend immédiatement compte de la méprise et on décide de limer le timbre à date pour pouvoir l'utiliser quand même.

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Seconde hypothèse, soufflée par mon éminent camarade DOUDAD que je remercie:

Il existait un bureau radiomaritime BONIFACIO-RADIO qui a fermé en 1934:



Alors, pourquoi pas un timbre à date BONIFACIO-RADIO, ou plutôt BONIFACIO T.S.F. récupéré pour le service postal!


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Si d'autres idées vous viennent, n'hésitez pas.



Pour comparaison, voici le TAD type A4 "normal":


Je l'ai observé au moins jusqu'en 1939, puis à partir de 1946.

J'ai vu le TAD type A4 "décentré", en plus de la pièce présentée plus haut (1942), en 1944 et 1945. Mais cela ne fait que quelques jours que je m'y intéresse! 









jeudi 5 mars 2026

Une carte postale en surpoids!

 On voit souvent des indications de poids sur les lettres, et des affranchissements ou des taxes en conséquence. C'est bien normal puisque le tarif des lettres varie selon des échelons de poids. Il en est de même pour les imprimés, les échantillons, etc.

Par contre, voir une carte postale pesée et taxée pour un excès de poids, c'est nettement plus rare me semble-t-il. 

En voici un exemple:



Carte postale par avion de Toulon pour Israël, du 31 août 1971.

Bel affranchissement composé d'une Marianne de Béquet, d'une Marianne de Cheffer et d'un Blason de Troyes pour une valeur totale de 90c soit 60c pour une carte postale dans le régime international général et 30c pour la première tranche (5g) de surtaxe aérienne pour les lettres et cartes postales à destination d'Israël (ainsi que d'autres pays, comme l'Iran par exemple*), en application des tarifs du 1er août 1971:









L'expéditeur, qui semblait donc bien informé sur les tarifs, n'a cependant pas pensé à peser sa carte, ce qui est assez compréhensible d'autant que, pour beaucoup de destinations, la surtaxe avion n'était comptée qu'au-delà de 20g.

Mais l'affranchissement avion a fait l'objet d'un contrôle (puce 5 dans un cercle) et le poids a été indiqué en haut à gauche de la carte: 10g!
Plus exactement, c'est la limite supérieure de la tranche de poids qui est inscrite comme cela se faisait au 19e siècle (La carte pèse 6g)!
Or pour Israël le transport sans surtaxe jusqu'à 20g n'existe pas. Il manque donc 30c pour la tranche de 5 à 10g. 

Comme le veut la règlementation de l'époque, la taxe est indiquée sous forme d'une fraction 60/90 avec comme numérateur le double de l'insuffisance (2 x 30 = 60c) et comme dénominateur la taxe du premier échelon de poids d'une lettre depuis la France (90c). Cette fraction est à multiplier à l'arrivée par la taxe d'une lettre au départ d'Israël, ce qui n'a d'ailleurs peut-être pas été fait puisqu'il n'y a pas de matérialisation de la taxe.

Un grand merci à Laurent B. qui m'a aidé à ne pas dire trop de bêtises :-)



* actualité oblige!


samedi 3 janvier 2026

SISOPHONE / CAMBODGE, "Après le départ".

 Voici deux cartes postales d'une même archive dont une porte une mention manuscrite en rouge qui attire forcément l'attention:

après le départ






Cette indication rappelle les timbres qui existaient en France dans la seconde moitié du XIXème siècle pour indiquer notamment un courrier ne pouvant pas partir le jour même de son dépôt (Ce timbre sera retiré du service en 1876!).

Selon Jacques Desrousseaux, de telles griffes servent encore au XXème siècle pour "indiquer que le pli avait raté un bateau ou un train. À partir de 1929, l'usage en est fait essentiellement pour le courrier avion".

Les bureaux de SISOPHONE et de BATTAMBANG font partie de ceux rendus à la France par le Siam suite au Traité du 23 mars 1907.



La première carte est timbrée à SISOPHONE le vendredi 14 mai 1909 puis à BATTAMBANG le 23 mai, soit 9 jours plus tard. Elle porte la mention "après le départ" car elle a attendu une semaine avant de partir: elle est timbrée en transit à BATTAMBANG le même jour que la seconde carte qui est entrée dans le service à SISOPHONE le jeudi 20 mai!

Elles ont donc été transportées ensemble, vraisemblablement par un service de trams (coolies-trams indigènes à pied ou à cheval) sur le "grand sentier" qu'est alors la route jusqu'à Battambang; de là, la dépêche a été confiée au service des Messageries fluviales de Cochinchine jusqu'à Saïgon, avec transbordement à Pnom-Penh (saison sèche).

(Revue politique et parlementaire, avril 1909)



Le voyage de descente jusqu'à Saïgon prend deux jours et demi.
Ensuite les dépêches auront certainement été embarquées sur l'OCÉANIEN qui a quitté le port le 29 mai pour arriver à Marseille le 25 juin.

Ces cartes ont eu de la chance de passer aussi facilement: selon un rapport de 1910 au Conseil du Gouvernement général de l'Indochine, 
Battambang est sans relations avec Pnom-Penh pendant huit mois de l'année!

Ce rapport est en faveur d'une ligne de chemin de fer pour relier Battambang à Pnom-Penh. Mais il faudra attendre 1929 pour que le premier coup de pioche soit donné!


La Gazette coloniale du 6 décembre 1928.


Un grand merci à JF ESTEL (Doudad) pour ses précieux renseignements!